Bonjour les filles de Maison Loup! Comment vous-connaissez vous?

On s’est rencontrées toutes les six à l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris. On était dans la même promo, celle diplômée en 2013, et on a crée Maison Loup juste après nos études.

Pouvez-vous vous présenter individuellement ?

Lucie: Je m’appelle Lucie Laustriat, et je suis diplômée en graphisme. Aux Arts déco, je me suis spécialisée sur le lien entre le design graphique et le tissage, et aujourd’hui je travaille en freelance principalement avec Fleur dans ces deux domaines.

Fleur: Je suis Fleur Pinsard, également diplômée en graphisme et multimédia. Je fais d’un côté pas mal de choses manuelles, dont le tissage avec Lucie, et de l’autre, je m’occupe de la conception graphique et de la réalisation de sites web.

Valentine: Valentine Rosi Mistou, designer textile. Je dessine des imprimés pour différents clients, principalement dans la mode femme et enfant. Depuis un an et demi, je monte aussi ma marque féministe et engagée Rosi Mistou. C’est un projet de chemises pour et réalisées par des femmes. J’en suis encore au tout début, rien n’a été lancé officiellement, mais ça ne saurait tarder.

Juliette : Juliette Dorizon, designer d’objets. Je fais du mobilier sur mesure, et je travaille essentiellement le bois. J’ai mis au point une ruche, dans le cadre de mon diplôme, qui est en ce moment au domaine de Boisbuchet en Charentes. Je touche aussi au textile, à la broderie, et je fais des sculptures en tissu. Comme Valentine, je pense à créer ma propre marque, mais c’est encore plus à un stade embryonnaire.

Il y a deux autres filles dans notre collectif – Mathilde Bedouet et Luz Moreno-Pinart – mais elles n’ont pas pu être présentes aujourd’hui. Mathilde était en cinéma d’animation aux Arts déco. Aujourd’hui elle réalise des films qui expliquent de manière ludique des choses assez complexes. Elle a fait par exemple une vidéo très drôle et très mignonne qui met en scène des cookies (à manger) pour expliquer ce que sont les cookies sur internet ! (rires). Luz est diplômée en scénographie. Après les Arts déco, elle a suivi des formations en design culinaire, d’abord à Paris au Cordon Bleu, puis à Reims. Luz, c’est notre artiste gourmande. Elle a toute une réflexion sur la nourriture et notre façon de la consommer. Elle met en place une nouvelle vision de la cuisine !

Quelle est la raison d’être de votre collectif?

Valentine: L’idée avec Maison Loup, c’était de recréer un mini Arts déco. C’est extrêmement enrichissant de s’entourer et de travailler avec des personnes qui ont des formations et des savoir-faire différents. Notre collectif est pluridisciplinaire et très axé sur les matières. Ce qui nous plait, c’est de créer des surfaces, de jouer avec les textures et les couleurs. Comme on a grandi dans une époque où l’on ne peut plus fabriquer sans se poser de questions, nos projets tournent beaucoup autour de la notion du upcycling, ou comment faire revivre des matériaux déjà utilisés et aller plus loin avec.

Pourquoi avoir choisi ce nom ?

Fleur : On voulait le mot ‘maison’ dans notre nom, car on allait partager un même toit pour travailler, et on allait recréer notre grande famille des Arts déco qui nous influence les unes les autres.

Valentine : Et le mot ‘loup’, on l’a trouvé après avoir mis en commun tous nos noms. On avait toutes un L, un O et un U.

Lucie: On trouvait que ‘Lou’ ça faisait trop lingerie, du coup, on a rajouté un ‘P’! (rires).

Sous quelle forme existez-vous?

Lucie: On a tout de suite voulu avoir une structure légale, car on savait que ça nous motiverait et que ça ferait vivre le groupe plus rapidement. Vu qu’on partait de rien et qu’on n’avait pas les fonds nécessaires pour créer une entreprise, on a choisi le statut d’association. Et puis on était amies à la base, il nous fallait une structure qui nous lie mais qui ne soit pas trop lourde non plus, et qui nous permette de garder chacune notre autonomie financière et professionnelle. Aujourd’hui on est toutes (sauf une) en auto entrepreneur ou à la Maison des Artistes. Ça fait maintenant deux ans qu’on a le statut d’asso pour Maison Loup, mais on pense à le changer, on aimerait évoluer vers autre chose.

Comment vous organisez-vous pour vos activités et projets collectifs?

Valentine : On est six filles avec six tempéraments et six visions différentes. Ensemble, nos projets prennent beaucoup plus d’ampleur, mais c’est parfois difficile de se mettre d’accord sur tout. On s’est rendues compte assez rapidement qu’il fallait s’organiser et hiérarchiser nos activités. Quand une nouvelle proposition arrive sur la table, on lui choisit un référant, un chef de projet en quelque sorte. En général, c’est la personne qui l’a proposé, et c’est elle qui s’occupe par la suite de faire le lien avec le client. Les autres décident si oui ou non elles veulent s’investir dans ce projet.

On a fait l’expérience deux fois de travailler à six, une fois en 2014 pour le off du festival international de musique psychédélique à la Bellevilloise, et une autre en 2015 pour la réalisation d’une scénographie au festival We Love Green. Ce n’était pas idéal d’un point de vue organisationnel. Du coup maintenant on essaie de se scinder en plus petits groupes.

Décrivez-nous une journée type, vos projets en cours, et vos procédés de travail.

Lucie: Je ne suis pas trop matinale. Du coup, au réveil, je préfère les tâches manuelles comme le tissage, jusqu’à ce que mon cerveau soit en mode ON pour des choses plus laborieuses! (rires). Pour les outils, le premier c’est mon MacBook Pro, avec Illustrator pour les typos, même si je dessine d’abord avant de passer sur ordi.

Niveau tissage, en ce moment je travaille avec Fleur sur une scénographie pour la boutique Des Petits Hauts rue Keller. Ca se présentera sous la forme d’une performance où pendant les trois mois d’hiver, on ira Fleur et moi tisser en ‘live’ les samedis dans la boutique. Je m’occupe aussi de l’identité visuelle de la marque de Valentine.

Fleur : Actuellement je réalise un logo pour la marque de bijoux à venir de Luz, et le site internet de Valentine. Je dessine beaucoup à la main, j’ai toujours mon carnet pour crobarder et noter mes idées. Comme je travaille beaucoup sur le web – avec PHP Storm notamment pour tout ce qui est Javascript et HTLM – c’est important pour moi de quitter les écrans parfois et de faire des choses manuelles à côté, comme le dessin, le tissage ou la fabrication de nos carnets.

Valentine : Ma journée type commence avec une liste. J’ai beaucoup de listes ! (rires). Je réponds d’abord aux clients. Puis je regarde la comptabilité de Maison Loup, c’est moi qui m’occupe de cette partie là. Après je m’attaque aux dessins, ceux de mes imprimés ou ceux commandés par des clients, que je réalise toujours à la main, avant de les scanner et de passer sur Illustrator ou Photoshop pour les raccords. Je travaille mes imprimés par sérigraphie, par tranches de couleur, et chaque tranche doit pouvoir se répéter à l’infini sur le tissu. C’est la partie plus technique de mon travail.

Juliette: Comme j’ai plusieurs activités, ma journée type varie ! Lorsque je fais du mobilier sur mesure, je me déplace plusieurs fois chez le client, puis je fais les plans et la 3D sur Rhinoceros. Après je dois commander les matériaux, et encore une fois, j’aime bien qu’ils soient récupérés. Comme c’est moi qui fabrique les meubles, j’utilise en atelier plusieurs machines, des scies, des aspirateurs de chantier, des ponceuses etc. Je dois fabriquer une autre ruche au printemps aussi pour y insérer des abeilles. Elle est réalisée avec du verre soufflé, ça donne quelque chose de précieux tout en préservant les abeilles dans la région. Je fais de la broderie sur commandes aussi.

Comment trouvez-vous vos clients?

Lucie: En général c’est nous qui démarchons les clients avec lesquels nous voulons travailler, vu qu’on n’a ni énormément de réseau ni de visibilité. Ca se fait beaucoup au culot et par bouche à oreille.

 Pour Des Petits Hauts, j’avais déjà travaillé en extra pour eux, je connaissais l’équipe. On leur a proposé tout un dossier technique pour réaliser leurs vitrines. Ils ont accepté une première fois avec un petit budget, et ils nous ont ensuite rappelé, cette fois avec un budget plus conséquent. Pour le We Love Green, on a répondu à un appel d’offre. Et puis au fur et à mesure des projets, on commence à se faire connaître, et les clients viennent peu à peu vers nous.

 

Parlez-nous un peu de votre atelier et de votre quartier.

 Juliette: On a emménagé ici, à ce que l’on appelle l’atelier, en juillet 2015. C’est tout récent, et on en est très fières, parce que ce n’est pas évident de convaincre des agences quand on est en freelance !

Valentine : Avant, on avait nos bureaux dans les locaux de l’agence Le Creative. Mais ils ont eu besoin de plus d’espace et nous d’indépendance. J’ai trouvé l’annonce pour cet atelier sur le site de la Maison des Artistes. Juliette a fait le nécessaire niveau paperasse, et on a obtenu le bail au nom du collectif ! On avait mis de l’argent de côté, et on a dû apporter les justificatifs de revenus de chacune. C’était la première fois qu’on arrivait à faire ça.

Lucie: Et le quartier (Belleville), on en est toutes fans! On vit dans le nord de Paris, moi j’habite à 5mn à pied d’ici, c’est un grand luxe. Le fait d’avoir une vitrine aussi, pignon sur rue comme ça, c’est un grand avantage. Même dans une petite rue calme, les gens s’arrêtent pour regarder, entrent et nous posent des questions. Les passants nous achètent même parfois nos carnets, fabriqués à partir de papiers abandonnés et récupérés dans des écoles ou des imprimeries.

Qu’est-ce que les autres filles du collectif vous apportent respectivement?

 Lucie: Je suis nulle en technique, en maths, en construction tout ça. Je vais voir Juliette quand je dois faire tenir quelque chose debout ! (rires).

Fleur : Je dirais que ce collectif me donne de l’assurance, parce que je ne suis pas toujours sure de moi et de ce que je fais.

Valentine : J’ai énormément confiance en leur bon goût. Ça fait plus d’un an que j’ai entrepris de lancer ma marque, et je ne crois pas que je l’aurais fait si j’avais été toute seule. Les filles ont une finesse et une intelligence créative qui m’aide beaucoup à prendre du recul sur mon propre travail. Je me nourris de leur talent.

Juliette: Je suis très mauvaise en graphisme, tout ce qui est mise en page, ça m’échappe complètement. Ce groupe fonctionne comme un filet de sécurité en fait, c’est un cocon. Si l’une de nous a un souci, on la repêche. Et quand on est seul on n’est jamais certain de faire les bons choix. Etre ensemble c’est très réconfortant. Et comme on se connaît depuis sept ans, nos avis sont francs et efficaces !

La question ‘cash’ – comment gérez vous l’aspect financier de vos activités?

Juliette: On n’a pas été formées en gestion, et c’est ce qu’il nous manque. Du coup on passe beaucoup de temps et d’énergie à apprendre sur le tard. Moi je m’occupe de tout ce qui est administratif, et Valentine de la comptabilité.

Valentine : Je suis à l’aise avec les chiffres, et surtout je suis un peu psychorigide niveau organisation. Du coup les filles m’ont confié la compta. Pour l’instant niveau charges on a que le loyer et un peu de matériel, mais c’est vrai que dans l’idéal je préférerais que quelqu’un d’autre s’occupe de cette partie, ou du moins m’aide. Pour nos revenus, on les gère séparément. Pour le moment on n’en génère pas assez en tant que collectif pour que ce soit intéressant de les diviser en six parts.

Quels sont vos projets futurs ? Voulez-vous faire appel à des collaborateurs?

Lucie: On organise un marché de Noël à l’atelier, le weekend du 5 et 6 décembre. D’autres créateurs seront invités aussi, et l’objectif c’est d’y vendre des objets faits à la main. Et puis le projet des carnets et de papeterie va continuer aussi, même si on aimerait vraiment faire de plus en plus de scénographie ensemble, pour des mariages par exemple.

Juliette: Mettre à jour mon site web c’est un de mes projets dans l’immédiat. Je vais essayer de le faire fonctionner comme un blog. Et puis il y a la ruche. Je voudrais trouver des menuiseries pour en fabriquer plusieurs exemplaires. Avec Luz, on aimerait plus travailler le tissu. On va avoir une nouvelle machine pour feutrer de la laine, on va pouvoir faire des tas de trucs avec.

Fleur: Finir le site de Juliette donc, c’est un de mes projets pour les semaines à venir (rires). Sinon je voudrais vraiment trouver un web développeur qui sache s’adapter à mon rythme et budget de freelance, pour qu’il puisse m’épauler sur certains aspects techniques qui me dépassent un peu.

Valentine : Lancer la production de mes chemises en Inde. J’ai besoin de plein de collaborateurs pour ma marque aussi, dès qu’elle sera lancée. Surtout pour le côté commercial et communication. Pour le collectif, on aurait besoin d’un comptable. Et puis on aimerait bien collaborer avec Merci, pour réaliser une scénographie ou une grande vitrine.