« On adore ce qu’on fait. On brainstorm au bureau, au marché, à l’apéro, au feux rouges et aux feux verts. »

Salut Hella et Thomas, si vous deviez vous présenter en quelques mots…?

Hella : Moi c’est Hella El Khiari, 27 ans, tunisienne, architecte, designer graphique et designer tout court en fait.

Thomas : Thomas Egoumenides, 29 ans, architecte et designer. Je suis français mais je me suis installé à Tunis il y a un peu moins d’un an.

Comment vous  êtes-vous rencontrés?

Hella: On s’est connus en 2009, à l’Ecole d’architecture de Paris la VilletteJe suis venue à Paris grâce à un programme d’échange, juste après avoir obtenu ma licence à l’Ecole d’Architecture et d’Urbanisme de Tunis. L’expérience parisienne a été très inspirante et a révélé mon caractère sérial-curieux.

« Avec Flaÿou, on crée un équilibre professionnel qu’on n’aurait pas pu trouver ailleurs. »

Parlez-nous un peu de Flaÿou, votre agence de design.

Hella: On a lancé Flaÿou il y a tout juste quatre mois. C’est notre agence de design explorateur, notre atelier joyeux, notre laboratoire d’idées non conformistes, basé à Tunis. On s’intéresse au design d’objets, au design graphique et au design d’environnement. Le mot Flaÿou est le surnom que les tunisiens donnent à un petit bonbon populaire à la menthe. Nous avons trouvé que ce mot frais et aérien, ponctué en arabe, nous reflétait plutôt bien.

Quel a été le déclic pour vous mettre à votre compte?

Hella: Il n’y a pas vraiment eu de déclic, mais plutôt une évidence qui devenait de plus en plus claire pour nous. En fait, à l’Ecole, on ne nous prépare pas vraiment à tous les aspects du métier d’architecte. C’est pour ça, qu’une fois diplômée, on m’a vite conseillé de me spécialiser en design, parce que « ça irait bien avec mes grosses lunettes ». Je suis donc repartie faire des études, mais cette fois à Montréal. Une année merveilleuse pleine de sourires enthousiastes. C’est d’ailleurs cet enthousiasme, cet état d’esprit jovial, que j’ai décidé d’emporter avec moi à Tunis. On a donc décidé, avec Thomas, de nous mettre à notre compte. On voulait mêler nos apprentissages scolaires et professionnels avec nos folles idées d’aventuriers indépendants.

Aviez-vous les bases pour faire ce que vous faites aujourd’hui?

Thomas : On a étudié dans une école ou le mot d’ordre est « pluridisciplinarité ». Les architectes de l’agence Encore Heureux se définissent comme de «généreux généralistes». C’est une formule que j’aime beaucoup et qui nous convient bien. J’avais un enseignant qui nous répétait qu’un architecte est quelqu’un qui ne sait rien sur tout à l’inverse d’un ingénieur qui lui sait tout sur rien. On n’a pas la prétention d’être des spécialistes. On est des créateurs enthousiastes et passionnés. De curieux touche à tout.

Continuez-vous à travailler chacun de votre coté sur d’autres projets?

Thomas: Hella a ses propres projets de design graphique, et moi, je continue à collaborer sur des projets en architecture entre Tunis et Paris. Avec Flaÿou, on crée un équilibre professionnel qu’on n’aurait pas trouvé ailleurs.

« On n’a pas la prétention d’être des spécialistes. On est des créateurs enthousiastes et passionnés. De curieux touche à tout. »

Comment ça se passe une journée ‘type’ en votre compagnie?

Hella : On a une organisation sur-mesure, une discipline approximative. Je ne pense pas qu’on soit d’excellents élèves. Cela dit, on adore ce qu’on fait. On « brainstorm » au bureau, au marché, à l’apéro, au feux rouges et aux feux verts.

Thomas: C’est vrai que notre quotidien est notre plus grande source d’inspiration. On ne démarre pas nos journées devant une feuille blanche, on s’inonde de post-it, de listes d’idées, de croquis d’intentions…On n’a pas de journée type en fait. On parlera plutôt de semaine type. Entre dedans et dehors, entre excursions à la rencontre d’artisans et journées au bureau. Comme tout le monde, mais en mieux.

« Nous travaillons toujours en équipe, mais chacun ramène son petit pas de boogiedance personnel. »

Quels sont vos outils indispensables?

Thomas : Une feuille et un crayon. Un calque et un feutre. On préfère tous les deux matérialiser nos idées d’abord sur le papier, c’est essentiel.

Comment gérez-vous l’aspect plus administratif et financier de votre activité?

Hella : Ça, c’est Johnny qui sait. J’appelle Thomas « Johnny » !

Thomas: On est une baby SARL, alors on s’occupe de tout.

Travail en solo ou en équipe?

Hella : Nous travaillons toujours en équipe, mais chacun ramène son petit pas de boogiedance personnel. Je dis chaise il dit plastique, il dit jeux je dis terre cuite.

Thomas: Flaÿou est clairement une créature à deux têtes et quatre mains.

Des projets récents ou à venir dont vous voudriez parler?

Hella : Nos produits phares, et premiers nés de l’agence, sont ceux de la collection « Chich-bich »: trois jeux de société – dames, échecs et backgammon -, réalisés en poterie de Sejnane. La ville de Sejnane est située au nord-ouest de la Tunisie et s’est fait connaitre par son artisanat ancestral. Nos jeux de société ont un coté ‘rupestre’ qu’on adore et cultive. À coté de ça, on a ajouté une petite touche ‘funky-cosmique’ avec un packaging bien spécial – des boîtes à pizzas. Parce que nos jeux sont cuits au feu de bois. Ouai ! Pour cet été, nous préparons une collection de hamacs aux tissus kitch et colorés. La rentrée sera assez disco avec une déclinaison de chaises et fauteuils en nattes plastiques, une gamme de luminaires, un kit d’apéro…

Thomas: Début septembre, nous participerons à la Amman Design Week. Notre amie Rand El Haj Hasan, architecte et artiste jordanienne, nous invite à son atelier pour présenter nos créations. Nous dirigerons également ensemble un worskhop de construction de tours en carton à grande échelle, sans colle, ni vis, ni agrafes. Enfin, nous proposerons un atelier, qu’on a appelé « food diversions », autour du thème de « l’architecture culinaire ».

Un conseil à donner à des personnes qui voudraient se lancer comme vous?

Hella : Le conseil que je donnerais, c’est d’arrêter de fantasmer sur le succès immédiat, de se justifier maladroitement, de se retourner quand on marche. Il faut se construire un quotidien inspiré et plein d’imagination et en profiter. Ne plus se vider le coeur à satisfaire un patron perdu dans son parking créatif. Essayer au final de se reconnaitre dans un projet qui raconte une histoire, une tradition, une anecdote.

Thomas : Je dirais juste, vas-y lance-toi. C’est le moment là.