Par son invasion de lieux publics, le street art est sans nul doute devenu l’une des manifestations les plus libres, et parfois engagée, de l’art contemporain. Petit tour du monde des neuf street artists qui valent le détour.

 

Ludo:

Ludo, street artist parisien, est connu pour ses collages à thèmes écologiques et anticapitalistes. Fortement reconnaissables par la palette de verts employés, ses oeuvres comptent principalement des dessins hybrides mêlant insectes, végétaux et robots, et témoignent d’une nature fragile, malmenée par l’homme. De Shanghai à Amsterdam en passant par Rome et New York, le travail de Ludo se déploie dans les plus grandes capitales et touche par son esthétisme poignant

Ted Pim:

D’origine irlandaise, Ted Pim est un streetartist de 28 ans dont les œuvres aux influences baroques ont récemment connu un grand succès. Comme il le confie au Huffington Post, il voue une fascination bien visible pour le luxe, ayant lui-même grandi dans une des zones les plus défavorisées d’Europe de l’Ouest. Ses graffitis de bustes et de visages énigmatiques, tantôt floutés, tantôt très élaborés et d’un grand réalisme, rappellent les tableaux des grands peintres classiques. Les endroits insolites, sombres et abandonnés où sont exposées ses œuvres mettent en exergue toute leur beauté. Un mélange subtil de genres, où de riches peintures s’entrechoquent à la précarité des lieux ambiants.

 

Nazza:

Nazza est un artiste engagé, originaire de Buenos Aires, dont le travail est fortement inspiré par les crimes perpétués en Argentine notamment pendant la dictature militaire. Ses portraits de ‘desaparecidos’ en noir et blanc, hachurés, fragiles et captivants, sont la signature de l’artiste, et ne laissent aucun spectateur indifférent. Devenu une icône de la scène streetart internationale, Nazza a répandu ses visages de minorités négligées dans d’autres pays, essentiellement en Amérique latine, comme au Brésil et en Colombie.

 

Dulk:

Dulk, de son vrai nom Antonio Segura, est un streetartist espagnol dont les illustrations, aux personnages surréalistes et féériques, nous plongent dans un monde coloré et onirique. L’artiste avoue d’ailleurs puiser son inspiration dans ses propres rêves et dans des évènements de son quotidien. On croise ses œuvres aux quatre coins du globe, des îles Canaries à Los Angeles en passant par Copenhague. Un travail remarquable qui en fait l’une des figures incontournables des streetartists espagnols.

Paulo Ito:

Paulo Ito est un streetartist brésilien devenu célèbre pendant la Coupe du Monde de Football de 2014 grâce à sa peinture murale très médiatisée d’un enfant criant famine et n’ayant qu’un ballon dans son assiette. Les œuvres de Paulo dépeignent et dénoncent le quotidien de son pays malmené par les inégalités, la pauvreté et le matérialisme. Il décrie la détérioration des relations sociales, et une société rongée par une sexualisation précoce, un endoctrinement religieux et une criminalité rampante. Des thèmes importants qui rendent ses œuvres poignantes et fascinantes.

eL Seed:

Graffiteur franco-tunisien, eL Seed (en référence à l’ouvrage de Corneille ‘Le Cid’) est un des précurseurs du mouvement de « caligraffiti », discipline mêlant calligraphie arabe et graffiti. Son art, véhiculant des messages de paix et d’ouverture, et témoin d’un melting pot culturel, est vite remarqué. En 2012, il est appelé à peindre sur les 47 mètres de hauteur d’une mosquée à Gabès, en Tunisie, des versets de coran prônant la tolérance. En juin 2014, il inaugure une fresque géante sur la façade de l’Institut de Monde Arabe à Paris. La même année, Louis Vuitton l’invite à réaliser un carré géant de soie pour l’enseigne.   Depuis, il a apposé sa marque de fabrique un peu partout dans le monde, de Doha à Londres, en passant par l’ile tunisienne de Djerba. En 2015, sa calligraphie est sélectionnée comme alternative aux emblématiques cadenas du Pont des Arts à Paris.

Pøbel:

Streetartist norvégien, Pøbel dépeint des personnages intoxiqués par un environnement pollué, évoluant dans un monde de plus en plus insalubre et invivable. Ses œuvres sont souvent exposées en pleine nature, dans des lieux abandonnés, ce qui ne fait qu’accroitre le désarroi des ces êtres mis en scène. Les illustrations de Pøbel interpellent par leur violence tempérée, et soulèvent des problématiques majeures, telles que la dégradation environnementale, le réchauffement climatique et la fonte des glaces, ou encore la chasse à la baleine.

Žilda:

Street artist français originaire de Rennes, Žilda s’inspire de la mythologie grecque, de la Renaissance, ou bien encore du cinéma italien des années 50 pour produire des œuvres mêlant dessin, peinture et pochoirs. Nonnes dénudées, anges et créatures bibliques peuplent son univers très particulier, et décorent les rues de sa ville natale mais aussi de Paris, Hambourg, Naples, Rome… Ses créations renvoient au mythe d’Icare, aux films de Pasolini ou encore à l’assassinat de Marat, et dans une symbiose parfaite, le classique oublié cohabite de manière éphémère avec des surfaces modernes. Un travail qui fait office de pont entre passé et présent.

Zoo project:

Zoo project est un street artist franco-algérien décédé en juillet 2013 dans des circonstances suspectes à Détroit, à l’âge de 23 ans. De son vrai nom Bilal Berreni, il s’est fait remarqué en peignant sur du carton les portraits en noir et blanc et en grandeur nature des victimes de la Révolution tunisienne. Exposés dans les rues de Tunis et visibles aux yeux de tous, ces martyrs ainsi immortalisés ont créé la controverse. Zoo project s’est également rendu au camp de refugiés de Choucha, à la frontière libyenne, pour réitérer ses œuvres cette fois sur des bouts de tissus attachés à des bâtons en bois et flottant au gré du vent. Un travail emprunt d’humanisme et de solidarité envers les plus démunis, qui l’a mené par la suite à Détroit et a causé sa perte.